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QUAND LE CHANT RELIGIEUX RENCONTRE HARLEM...
Vous connaissez peut-être ce tube des années 80 rendu célébre par le film d'Alain Delon "Pour la peau d'un flic".
Il est interprété par Oscar Benton, guitariste, chanteur de Rock et de blues ayant intégré de nombreuses formations, dont son propre groupe "Oscar Benton Blues Band".
Mais ce qui nous intéresse ici, c'est le style si particulier de sa chanson "Bensonhurst blues".
Un blues d'une puissance rarement égalée, coloré d'un scatt (improvisation constituée d'onomatopées) bluezy caractéristique des chanteurs de synagogues (le style "Hazanout").
Ce phrasé et ces intonations sont si caractéristiques, que nous pouvons ici les rapprocher de celles de Moïshe Oysher ou celles de Léo Fuld, figures de ce style.
Nous avons donc voulu comprendre l'origine de cette chanson et de ce mélange détonnant...
Oscar Benton, de son vrai nom Ferdinand van Eif, monte un Blues Band vers la fin des années 60 à Haarlem, en Hollande (et non à Harlem). Le groupe est composé à l'origine de Oscar Benton, Tanny Lant, Hank Hawkins et de Hans van Dam.
Le groupe se fait remarquer en 1968 en remportant la deuxième place lors du festival de jazz à Loosdrecht, en Hollande. La même année, ils sortent un premier LP intitulé « Feel so good ».
En 1969, ils sortent le second «The blues is gonna wreck my life», produit par Tony Fox. Ce dernier sera suivi deux ans plus tard, par « Benton '71 », qui marque la première époque du Oscar Benton Blues Band.
En effet, la première formation se séparera et fera place à de nouveaux musiciens issus du groupe Bintangs. Oscar Benton reçoit également une participation féminine avec Monica Veerschoor, la chanteuse et pianiste qui enregistrera plusieurs titres avec le groupe.
Puissante interprétation, à ne pas rater.
En 1971, ils sortent « All I ever need is you », qui devient un hit, et sera suivi de « Everybody is telling me », « Stay another night » ou encore « My children, my wife, my firstband ». Durant la même période, Oscar Benton sort deux nouveaux LP, « Draggin' around » et « The best ».
Mais ceci ne nous permet toujours pas de comprendre l'origine de cette chanson, ni cette interprétation si particulière.
Benton avait-il des origines juives ?
Poursuivons notre enquête...
Bensonhurt Blues
En 1974, le groupe change de membres et par la même occasion change de nom avec Blue Eyed Baby. Par ailleurs, Oscar Benton prend un nouveau nom de scène : Billy Boy Bishop.
Dans la foulée, le nouveau groupe sort un LP intitulé « Blue eyed baby
».
Bishop signifiant "Evêque", ce nouveau pseudo lève définitivement toute ambiguïté sur l'origine
religieuse de M. Benton, alors poursuivons...
En 1981, Oscar Benton revient sur le devant de la scène, en solo cette fois-ci, avec la chanson « Bensonhurst blues ».

Le texte de la chanson pourrait se référer aux milieux religieux de Brooklyn. En effet, à la lecture du texte, nous apprenons qu'elle se déroule à "Bay Parkway", qui est un quartier de Brooklyn, New-York. Mais si Brooklyn évoque naturellement le quartier juif, cette portion de la ville est plutôt celle des minorités chinoises et russes, ou des boulangeries italo-américaines. De nombreux faits-divers prennent d'ailleurs place dans ce quartier pauvre et cosmopolite de New-York.
Le texte campe quant à lui, un personnage à l'assurance trompeuse, dont la vie aisée ("offrant des cigares", "ta jolie secrétaire dit que tu es le meilleur...") cache une honte des origines (l"'accent de ta grand-mère qui t'embarrasse toujours"...). Si le texte demeure un peu abscons, nous pouvons penser qu'il évoque un immigré Français, ayant collaboré durant la guerre, réfugié aux USA : "...tu as presque honte du Français que tu connaissais...". (Sous toute réserve de l'auteur, avec lequel je suis en contact actuellement...)
A priori, il peut donc s'agir d'un scénario évoquant un collabo français, réfugié aux USA, mais qu'en est-il de cette évocation du milieu juif ? Poursuivons et interrogeons nous sur le compositeur du morceau...
Cette chanson a été composée quelques années plus tôt par Artie Kaplan et Artie Kornfeld. Artie (Arthur) Kaplan, auteur, saxophoniste est aussi un compositeur et chanteur Américain, originaire d'une famille juive émigrée de la Côte Est. Sa voix est à rapprocher des bluesmen des années 60, tels que Ray Charles, Louis Prima ou Toto...
Il fut l'un des musiciens les plus en vogue dans les années 70. Il est sur des succès comme "My Heart Has A Mind of its Own" de Connie Francis, et plus de 150 Hit des charts américains. Il fut ainsi le premier saxo solo sur "Mandy", le tube de Barry Manilow. Il joua sur les albums de Carole King ainsi que sur ceux de Janis Ian, Bobbi Blue Bland, Peaches and Herb, Brook Benton, The Strangeloves, Janis Ian, Dixie Cups, Esther Phillips, Barry Mann, The Cookies et de nombreux autres disques, altérnant entre bariton, tenor et saxo alto, flûte et piccolo.
Touche à tout, il interpréta de nombreux morceaux de blues et publia un LP en 1972 malicieusement intitulé : "Confessions of a Male Chauvinist Pig",
littéralement : "Confession d'un Cochon Mâle chauvin".

Il y interprète un blues dont il est l'auteur: "Bensonhurst blues" (donc, dix ans avant Oscar Benton !).
Artie Kornfeld est quant à lui devenu l'un des producteurs et managers les plus connus aux USA car gestionnaire des contrats de la Warner.
Le morceau "Benson Hurst Blues" qui les réunit est interprété avec maestria d'une voix caractéristique. Que découvrons-nous ?
Kaplan est bien l'auteur, non seulement du texte, mais aussi et surtout, de ce "scatt" si particulier !!!
Jugez plutôt de la puissance de sa voix :
Artie Kaplan fut

Artie Kaplan en 2007
"Bensonhurst Blues" fut ainsi utilisé dans le film réalisé et joué par Alain Delon, «
Pour la peau d'un flic » sorti en 1981. Le film « La bûche », sorti en
1999 reprend également le titre « Bensonhurst blues ».
Une version italienne de la chanson sort également en 2004 interprétée par le chanteur Adriano Celentano. La fameuse chanteuse roumaine Margareta Paslaru a également enregistré une version de la chanson et porte le titre «Spuneam ca nu-mi passa (bui bui bui)». Récemment, Patricia Kaas en a fait une version intitulée Kabaret, changeant le sens du texte ainsi que l'intérêt premier qui en faisait le charme (pourtant approuvé par M. Kaplan).
Après le succès de «Bensonhurst blues», Oscar Benton sort d'autres singles comme «If you go away» ou encore «Not the same dreams anymore». En 1983, le guitariste sort un nouvel album intitulé «My kind of blues».
Artie Kaplan est toujours très actif. Il interprète maintenant des contines pour enfant ainsi que des disques de musique Dixieland-Swing tout en dirigeant sa société de production.
Voici une version "Kitchissime" de ce morceau.
Admirez avec attention la chorégraphie du trompettiste : Hypnotique non ?? !!
;-)
Paroles :
Bay Parkway wonder
You're such a success
Your pretty secretary, ha
She say you are the best
Your face always smiling
say you sure paid your dues
But I know inside
You've got the Bensonhurst blues
Those custom-made ciggies
that you offer to me
pretend
and pretend to care about my family
And those pictures on your desk
All them lies that you abuse
Do they know you suffer
from the Bensonhurst blues
Your grandmother's accent
still embarrasses you
You're even ashamed
of the French you once knew
You're part of the chance now
They break you making the news
But I know inside
you've got the Bensonhurst blues
But thanks for the lesson
Cause the life that I choose
won't make me feel like living
with the Bensonhurst blues
And don't, don't try to write me
And don't bother to call
Cause I'll be in conference
Merry Christmas you all
Samuel Bradix