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Face(di)book, réseaux sociaux et communautarisme.
À l'heure où la pression nous intime
l'ordre d'user et d'abuser des fameux réseaux sociaux, il
convient de s'interroger sur le sens de ces outils qui, loin d'être
inoffensifs, traduisent un profond malaise dans les modes de
communication d'une société qui se fractionne et
s'individualise toujours davantage jour après jour.
Le réseau social Facebook, qui après Myspace, tient aujourd'hui le haut du pavé, ne révèle pas notre besoin d'échange et de communication avec l'Autre, mais bien un désir de repli systématique sur soi, sur notre monde premier, voir sur notre passé. Après avoir échangé avec notre entourage proche, puis nos « anciens amis » retrouvés, force est de constater que la structure de chaque profil ne révèle qu'un besoin de toute
puissance sur un
monde pseudo réel, en opposition à celui qui, de par sa
complexité quotidienne, nous échappe toujours plus.
Ainsi reconstruisons-nous, non pas un réseau, mais des
« bulles sociales », semblables à
celles de l'enfant, constituant les remparts de son univers. Cette
attitude récursive ne favorise pas le dialogue, bien au
contraire. Elle conforte dans cette idée qu'il serait possible
de vivre dans un monde vertical de superpositions de groupes et non
de réseaux. Contrairement à ce qu'il y paraît
durant les premières heures d'utilisation, chaque « bulle
sociale » n'est généralement qu'un
amoncellement d'individualismes, chacun venant ajouter son quotidien
à celui des autres, sans autre motivation que le sentiment
confirmé de faire partie d'un groupe, à l'instar du
tatouage tellement en vogue (à voir, l'excellente émission Miami Ink sur
Discovery / Real-Time), image d'un monde à la recherche de son ethnie. Loin de tout code social, de tout tissu, politesse et
civilité, outils élémentaires de socialisation,
toute tentative de constitution d'une plateforme commune est vécue comme une contrainte, voir, une atteinte à notre liberté.
L'éjection pure et simple d'une
« liste d'amis » ne constitue pas non plus un
modèle de civilité et le site lui-même vous en
informe « Souhaitez-vous vraiment supprimer Paul de
votre liste d'amis? La personne ne sera pas averti(e) ».
Une fois de plus, nous disposons d'un pouvoir sur l'Autre, pouvoir
enfantin d'existence ou de disparition « magique ».
Même s'il est rare de lire une presse qui s'oppose radicalement
à nos propres obédiences, ces «réseaux
sociaux » ne peuvent être assimilés aux
forums et autres groupes de discutions.
Mais les grands groupes industriels
comme Facebook ne s'y sont pas trompé. L'avènement de
ces puissants outils de segmentation et de marketing direct,
valorisent ces réseaux à hauteur de centaines de
millions d'euros ; et les informations que nous trouvions si
indécentes de voir figurer dans le fameux et controversé
fichier Edvige, se trouvent disponibles gratuitement à la
distance de quelques clics de souris. Un article de la revue de
sécurité SecuObs nous alerte sur ces risques concernant
les adolescents (ici),
mais plus globalement et à l'image de notre société
toute entière (Française en particulier), l'Internet,
de par la multiplicité de ses sources, le manque de
hiérarchisation et de validation de l'information, semble
amonceler et opposer les individus plus qu'il ne favorise le
dialogue, l'échange ou la rencontre.
Le traitement des récents événements au Proche-Orient par la presse française, mais aussi des conflits sociaux et politiques, révèle ces mécanismes et au-delà de tout parti pris, exacerbe les haines et les opinions à grands coups de raccourcis et d'amalgames infantiles et souvent nauséabonds.
