| Mon Roman - Humeurs et Billets... |
Cholem Alechem
L'humour est sans doute objet de clivage tout à la fois "transversal" et "fédérateur"...
Un ami camerounais de l'éthnie africaine des Bassa me disait l'autre jour, je ne trouve pas ça drôle, c'est un humour de Bamiléké (autre ethnie africaine).
L'humour redéfinit parfois les groupes en les divisant, mais il permet aussi de fédérer et de réunir autour de valeurs fondatrices de la comédie humaine, comme pour le mime Marcel Marceau (né Marcel Mangel) ou Charlie Chaplin. Clivant aussi, car il touche à notre héritage le plus intime, à la fois culturel et inconscient. Dans son livre Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient, Freud étudie ce rapport que nous entretenons avec les méandres de l'héritage inconscient et la grille de lecture qui en découle. Notre rapport à la mort est sans doute ce qui caractérise le plus clairement la typologie d'un humour. On retrouve cet humour dans la Torah et plus particulièrement dans le Talmud, son enseignement. L'humour qualifié de "Juif" est souvent structuré autour de stéréotypes ou de caricatures du "juif".
Les thèmes sont souvent les mêmes. L'argent et plus précisément le commerce, la mère juive, la religion, sont des thématiques indifféremment utilisées par les juifs pour se moquer d'eux-mêmes, mais aussi par les antisémites.
Citons par exemple "Le violon sur le toit" adaptation du "Milkman" de Cholem Aleichem, ou "La vérité si je mens" célèbre chronique du quartier du Sentier à Paris.
En revanche, les histoires déclinant les mythes et contes de la pensée juive (Cholem Aleichem aussi mais surtout I.B Singer, A. Cohen...) ou celles faisant appel à l'opposition radicale, l'auto-dérision, l'absurde ou à la mort (W. Allen, G. Marx), sont souvent l'essence de l'humour juif, sans pour cela qu'il y ait trace de personnages ou de religion caractérisable. Groucho Marx, maître de W. Allen disait :
"Parti de rien, je suis arrivé à pas grand chose" ou
"Je vous céderais bien ma place, mais elle est occupée" ou encore
"Je veux être incinéré et je veux que 10% soient versés à mon imprésario, comme il est écrit dans mon contrat"
Ce type d'humour, débarrassé de toute évocation communautaire est par ailleurs présent chez des auteurs juifs français. Georges Perec ou René Goscinny, père d'Astérix, Joann Sfar père du Chat du Rabbin, chef d'œuvre de subtilité et de délicatesse, Marcel Proust ou Tristan Bernard.
Sur scène et au cinéma, Mel Brooks (Melvin Kaminsky) n'hésite pas à se moquer systématiquement de lui-même et glissant régulièrement des allusions au Talmud ou même, en se grimant en Rabbin ("Sacré Robin des bois") ou en interprétant Hitler dans le subversif "Hitler-Rap" (comme Chaplin l'avait fait lui-même). Jerry Springfield est considéré comme un humoriste juif au U.S.A, alors que Borat (personnage de fiction de Sacha Baron Cohen) évoque le fait que "...les juifs sont responsables de la plupart des cataclysmes de ce monde et qu'il existe une théorie extrêmement sérieuse selon laquelle ils seraient aussi responsable de la fin des dinosaures".

En France, Gérard Oury représente cet humour, parfois teinté de mélancolie, comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob (voir l'article sur Bortch.com), ou Lévy et Goliath .
La scène comique est aussi présente, avec ses origines et influences. Popeck ou Michel Boujenah, Elie Semoun (caricature prémonitoire dans son célèbre sketch "Cohen et Bokassa"). Citons aussi Gad Elmaleh, Lionel Rocheman (conteur et chanteur, tendre et subtil, au yiddish irréprochable)
Pour certains, les histoires juives restent totalement absconses :
(À référence Talmudique, évocation de la "Responsa" dialectique)
À un juif, on demande :
"Pourquoi les juifs répondent-ils toujours par des questions, aux questions qu'on leur pose ?"
Il répond :
"...et pourquoi pas ?"
Les juifs ont de l'humour (il en faut) :
...comme quoi, "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" (Lavoisier)
Sources à consulter :
- Groucho Marx
- Humour juif sur Wikipédia (merci à l'auteur)
- L'Humour juif, Joseph Klatzmann, Que sais-je ?, 1998, réédition 2004
- Les Joies du yiddish, Leo Rosten, 1968, (Traduit du Titre (plus polémique) The Joys of Yinglish) édition française 1994 (traduction française par Victor Kuperminc), éditions Calmann-Lévy, ISBN 2-7021-2262-0 ; éd. en Livre de Poche, 1995
- La Bible de l'humour juif, Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer, Ramsay, 1995 ; éd. J'ai Lu, 2002
- La Nouvelle Bible de l'humour juif, Dory Rotnemer-Ouaknin, éditions du Rocher, 1999
- Petite Anthologie de l'humour juif, Richard Zeboulon, éditions le Bord de l'eau
- L'humour juif, Que sais-je, éd. PUF
et "si vous n'aimez pas mes opinions, j'en ai d'autres" (Groucho Marx)
Alexis
