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Hanokh Levin : MENSCHEL ET ROMANSKA,
une pièce tellement contemporaine...
Bortch.com a été touché par l'adaptation d'une pièce dont le sujet fait écho à de nombreux articles : La Rencontre.
D'après une nouvelle de HANOKH LEVIN, cette pièce est adaptée par Laurence Sendrowicz, qui en assure la traduction, Olivier Balazuc pour la mise en scène, ainsi que Daniel Kenigsberg, acteur et co-adaptateur de la pièce. Cette joyeuse équipe nous livre un spectacle rafraichissant et tragi-comique sur les rencontres hommes/femmes telles que la petitesse des mentalités nous les font parfois entrevoir dans nos vies de célibataires errants.
Hanokh Levin est né à Tel-Aviv en 1943. Il décéde d’un cancer en 1999. Hanokh Levin, figure majeure du théâtre israélien contemporain, nous a laissé une cinquantaine de pièces, un recueil de poésie et deux volumes de textes en prose. Les personnages leviniens sont des petites gens qui suent sang et eau pour exister, qui rêvent de courir le marathon sans se rendre compte qu’ils ont mis les pieds dans des chaussures de plomb et qui continuent, imperturbablement, jusqu’à leur dernière goutte d’énergie, à essayer de gagner un mètre et encore un mètre... jusqu’à épuisement.

Qu’ils s’appellent Kroum, Popper, Yaacobi, Yona, Menschel, tous nous racontent ce combat perdu d’avance. Insérés dans un microcosme (pour les comédies et les textes en prose) ou pris dans une tourmente qui les dépasse (pour les pièces épiques), ces englués de la médiocrité peignent la condition humaine dans ce qu’elle a de plus tragique et de plus cruel.
Tableau sauvé par l’humour irrésistible de l’auteur et sa profonde tendresse pour leur maladresse constitutive. Lorsque Levin laisse le théâtre pour se tourner vers la prose, il livre des objets littéraires totalement singuliers, de scientifiques constats qui donnent à ses piètres héros, sans la moindre concession, toutes leurs lettres de bassesse. Les deux protagonistes de Menschel et Romanska n’échappent pas à ce destin. Car qu’est-ce qui empêche Menschel (en hébreu, le héros s’appelait Ishel, de «Ish» qui signifie homme, suivi du suffixe yiddish «el» afin de le rapetisser) et Romanska dont le nom – mais là, il faudra la croire sur parole – a un parfum romantique, de se prendre par la main et de finir leur histoire par un beau « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants» ? Eux-mêmes.
MENSCHEL ET ROMANSKA
de Hanokh Levin
Traduction Laurence Sendrowicz
Adaptation pour la scène Olivier Balazuc, Daniel Kenigsberg et Laurence Sendrowicz
Mise en scène Olivier Balazuc
La grandeur de la petitesse humaine Menschel et Romanska ont fait connaissance par téléphone (en célibataires endurcis, on imagine qu’ils épluchent les petites annonces…).
La voix de Romanska a séduit Menschel, qui s’imagine déjà tourner le dos à la solitude en rencontrant la femme de ses rêves. Malheureusement, cet espoir ne survit pas au premier regard. Il n’est pas de miracle en ce monde : on n’échappe pas à son propre miroir ! Or, Menschel et Romanska, pris dans le jeu social des convenances, sont condamnés à passer le samedi soir ensemble, à boire la coupe jusqu’à la lie et se haïssent pour n’avoir pas trouvé en l’autre la rémission d’une vie médiocre et sans avenir. Ils se savent être le destin l’un de l’autre et ne s’y résignent pas. L’énergie qu’ils ne mettent pas à transcender leur condition d’insecte humain, ils la dilapident en de vaines mesquineries, car, ainsi que le constate Levin : «il est là le terrible paradoxe : comme elle est grande, la petitesse humaine».
Daniel Kenigsberg a eu le coup de foudre pour cette nouvelle, qui m’est apparue comme un concentré de la poétique levinienne. L’évidente oralité de l’écriture, l’entrelacement des points de vue, la structure en forme de démonstration scientifique nous ont immédiatement donné le désir d’en restituer la théâtralité. Laurence Sendrowicz s’est jointe avec enthousiasme à l’aventure.
Dans l’adaptation pour la scène, nous avons instauré le syle direct et placé l’histoire au présent, afin que celle-ci se déroule en temps réel. Si l’humanité décrite par Levin fait assaut de bassesse à l’échelle de l’individu, elle est comme rachetée par la générosité de l’écriture ; celle-ci témoigne au niveau collectif du désir de s’en sortir, d’inventer un destin et une vie meilleure. Quelle plus nécessaire définition du théâtre ?
Il fallait un comédien pour donner une dimension universelle à ces voix apparemment discordantes et isolées, pour incarner cette humanité malade d’elle-même et nous renvoyer en miroir l’image de notre besoin de consolation, donner chair à cette vision prophétique par laquelle Levin conclue Menschel et Romanska : celle d’un âge d’or retrouvé, d’une éternelle enfance, d’une humanité au commencement...
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Cette photo de bébé que chacun conserve dans son portefeuille ou dans l’album de famille, ce sourire confiant devant la vie, ce visage que Romanska, accédant par delà le pathétique à une grandeur tragique, appelle son «vrai visage», et qui est aussi celui de Menshel et de nous tous…
Pour donner vie à cette démonstration «en miroir du spectateur», nous avons opté pour un dispositif des plus simples, adaptable à toutes les configurations, privilégiant la proximité avec le public.
Par la présence d’un comédien seul en scène, Menschel, ce «petit homme», nous entraîne dans un parcours initiatique où la farce cruelle se fait comédie humaine.
Olivier Balazuc
Bortch vous incite à suivre la tournée de ce spectacle qui passe par Caen, Metz , Grenoble, Nancy,
Paris Théâtre des Halles et le téléphone 0432762451
et dans quelques semaines, Avignon : Au festival d’Avignon Du mercredi 7 au jeudi 29 juillet 2010 à 11h.