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Le trait érotique Serge Goldwicht

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GouNish, GouNish !!!

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Culture, Art... - Portraits

ICONOCLASTE ! - 

 Le sympathique Rabin Jaccob bénéficia d'une actualité plus que florissante. Ce personnage tiré du film éponyme de Gérard Oury a fait l'objet d'une comédie musicale au palais des congrès du 16 septembre au 30 novembre 2008 mis en scène par Patrick Timsit. Extrait de ce spectacle le rappeur MC Solar ré-interpréte le "tube" du film composé par Vladimir Cosma, chorégraphié par le groupe ADAMA dans la célèbre scène du film.


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Il peut pourtant paraitre intéressant de comparer l'époque de la réalisation de ce film avec le contexte actuel, qui se distingue par une crispation évidente des minorités et de leurs représentations. Si le message du film traitait déjà du conflit Israelo-Arabe avec une certaine légèreté, il évoquait tout de même les courants fondamentalistes et suggérait les oppositions intérieurs qui secouaient les représentants palestiniens de l'époque. Une position que l'on jugerait courageuse aujourd'hui.

D'autre part, Gérard Oury, ou Max-Gérard Houry Tannenbaumné à Paris en 1919, est un parfait exemple de l'intégration ashkénaze du début du XIXème siècle. Il fut journaliste critique d'art à Paris-Soir, résidant rue de la Tour, à Paris, il mène une scolarité sans histoire au lycée Janson-de-Sailly. Il y fréquentera François Périer, Jean Dutourd, Maurice Siegel.

Dans son film, Gérard Oury dépeint cette culture qu'il connait, avec tendresse et sans revendication. Bien au contraire. Le message qui est passé à de nombreuse reprise dans le film est celui d'une identité qui n'ose s'affirmer. D'une minorité heureuse de son intégration qui transmet son bonheur d'être français avant tout, heureux de faire parti du tissu français, sans porter son judaïsme comme un étendard ou une qualité. C'est aussi ce que beaucoup dénoncèrent en 40 comme "Une juiverie qui ne dit pas son nom". Mais affichez-vous, et les mêmes antisémites vous accuseront de porter le judaïsme de manière ostentatoire.

Le personnage du chauffeur, campé par Henry Guibet, sourit à son maitre, M. Pivert, en lui apprenant qu'il est juif et que ses propos sont "peut-être un peu racistes".
Le coup de force du film est qu'il fait de ce personnage de français aisé, raciste, intolérant et colérique, un candide perdu au milieu d'une histoire politique, d'un monde de coutumes et de rites, dont il ne soupçonnait même pas l'existence.

Oury tente de d'embarquer le spectateur vers le constat d'une culture juive complexe, et se faisant, il tire son personnage loin des  clichés antisémites. Par le déguisement, il traite aussi subrepticement  de la période de Vichy, qui faisait porter l'étoile jaune à celui qui avait  "le faciès juif". Par cette  astuce, il montre l'absurdité de ces lois anti-juives abjectes qui tentèrent de reconnaitre "LE juifs" au travers de ses traits et de sa morphologie. Ainsi fait-il de ce Français moyen, un juif, rabbin de surcroit, en quelques minutes. Les allemands l'auraient-ils laissé filer ? semble suggérer Oury.

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Mais que peut-on dire de l'utilisation de ce personnage dans leurs dernières ré-interprétations ?

Si la chanson du rappeur MC Solar évoque avec un certain vocabulaire choisi, le périple d'une famille pratiquante quittant Brooklyn pour Paris, il dispense aussi une certaine mélancolie du départ, de la douleur de la séparation que connurent la plupart des familles juives ashkénazes d'après guerre, qui refusèrent de regagner l'Europe, trop dangeureuse. Même s'il convient d'être plus dubitatif sur la valeur du clip, la qualité musicale de la mélodie de Cosma nous entraine sans trop de difficulté vers les rythmes binaires du Rap de Claude M'Barali et de son RAP toujours lettré.

En revanche, il convient de s'interroger sur l'intérêt qu'il peut y avoir à faire de ce film, une comédie musicale et de monter ce spectacle en France. Si les danses traditionnelles juives ashkénazes peuvent présenter un certain intérêt, n'oublions pas qu'elles sont proches des caricatures des images de la « juiverie française », que vous trouvez dénoncées dans l'exposition « Le juif et la France » en 1940.
Ces juifs que l'on disait à la fois pouilleux, sales, et riches et avares, (rhétorique typiquement antisémite: une chose et son contraire)  y sont représentés barbus et affublés de ces costumes qui distinguent les juifs orthodoxes : 'si exotique...'.

De plus, à l'image de la série de films « La vérité si je mens », on aime retrouver cette caricature qu'on affectionne, du juif roublard, voleur qui en l'occurrence, vit en vase clos dans son milieu, sans aucune volonté d'intégration.
Le regard maintenant paternaliste que l'on pose sur une série de crapules burlesques, eux-même racistes, ne flatte que le fond antisémite sans jamais porter d'humanité aux personnages, ni remettre en cause les poncifs antisémites mais en les flattant plutôt.

Si le ressort comique de la caricature est appréciable et salvateur, il doit pour éviter de sombrer dans la propagande raciste, la haine et la pensée antisémite, conduire le spectateur vers le questionnement et l'identification. (C'est ce que parvient à faire le Maitre Chaplin dans "Le dictateur" ou dans "Un roi à New-York" par exemple...).

C'est ensuite dans la démonstration d'une même humanité partagée ou dans la dénonciation ouverte des errements des personnages centraux, que nous pouvons éviter de servir « la soupe aux loups ».
C'est aussi ce que parvient à faire  Dany Boon, dans son film « Bienvenu chez les Chtis ». On retrouve aussi cette intention dans nombre de films de même calibre comme « Black mic-mac » de Thomas Gilou ou « OSS 117 » de Michel  Hazanavicius .

En revanche, que penser des motivations de l'entreprise musicale qui s'est tenue au palais des congrès au mois de novembre 2008. Dans un contexte sensible, de posture politique peu favorable et de tensions constantes entre communautés, est-il possible de faire de nos jours, un spectacle sur un homme « déguisé en juif orthodoxe » sans un minimum de précautions, de modération et d'ambition artistique ? 

N'avons-nous pas ici en main les classiques ingrédients d'un pamphlet antisémite ?
Ou est la différence ?


A suivre...


 

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