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SALIM HALALI : QUAND LA MUSIQUE SAUVE LES PEUPLES
Salim Halali, de son vrai nom, Shlomo ou Simon Halali, cet artiste juif est né le 30 juillet 1920 à Annaba, en Algérie. Chanteur, oudiste de grand talent, star de la musique Arabo-Andalouse, sa musique fit les beaux jours des cabarets branchés des années 50.
Mais son existence et son talent n'auraient pas vu le jour sans l'intervention du premier grand recteur de la mosquée de Paris, qui le fit passer pour musulman durant les années d'occupation allemande. Amis des plus grands artistes et puissants de la jet-set, d'Oum Kalsoum à Francis Blanche, c'est bien plus tard qu'il révéla sa judaïté et fut l'interprete d'une version mémorable de la célèbre chanson : "A Yiddishe Mamé"...
Salim Halali est né dans une famille de boulangers juifs berbères Chaouis, originaire de Souk Ahras, berceau d'une des plus grandes tribus Chaouia, les Hilali. En 1934, à 14 ans, il quitte sa famille pour traverser la Méditerranée et se rend à Marseille. A l’occasion de l’exposition universelle de 1937, il monte à Paris pour y débuter une carrière de chanteur de charme espagnol, où il a connu le succès dans les clubs parisiens de flamenco. En 1938, il fera une tournée européenne de flamenco en arabe qui connut le succès en Afrique du Nord.

Salim Halali et Françis Blanche
Pendant l'occupation, Salim Halali risquant à tout moment la déportation, fit appel à son ami Si Kaddour Benghabrit, Ministre plénipotentiaire au Maroc sous protectorat français et premier recteur de la Mosquée de Paris. Il parvint à dissimuler ses origines juives en lui fournissant une fausse attestation de musulman et en gravant le nom de son défunt père sur une tombe anonyme du cimetière musulman de Bobigny.
Kaddour Benghabrit l’engage ensuite au café maure de la mosquée où il se produit en compagnie de grands artistes tels Ali Sriti et Ibrahim Salah. Kaddour Benghabrit est certes un "Alem", docteur en foi, mais aussi un grand mélomane. En tant que oudiste et violoniste, Mohammed V le désigna membre de la délégation marocaine au premier Congrès de la musique arabe du Caire de 1932 ! Ce furent des moments de rencontres très fructueuses entre les spécialistes de divers horizons. Ils ont surtout pour objectif de susciter des études comparatives à partir de différents répertoires et des publications d'enregistrements musicaux.
Salim affirmera ses origines juives après la libération : "My Yiddishe Mamè" par Salim Halali en public.
Une émouvante version. Notez les arrangements des violons, mêlant subtilement les influences ashkénazes et séfarades !
De sa voix si particulière, Salim Halali, influencera des générations d'artistes judéo-arabes comme Sami El Maghribi. Il chantait en français, en espagnol, en dialectes marocains, tunisiens et algérien de l’est et à l'instar des chanteurs de l'époque, ses chansons font partie du répertoire des chansons marocaines populaires.
Nhadira
Au sommet de sa carrière, il s'installe au Maroc en 1949, dans l’ancienne Médina de Casablanca, il se présente au Coq d’Or, un prestigieux music-hall oriental de l'ancienne médina et qui attirait de nombreux touristes à l'époque. "Le Coq d'Or" avec six salons décorés de draperies tissées d'or et de meubles Louis XV authentiques était l'un des plus somptueux cabarets du monde de l'époque où se sont produits des artistes prestigieux comme Mohamed Fouiteh, Hajja Hamdaouia, Maâti Belkacem, Line Monty, Blond Blond, Lili Boniche, Chafia Rochdi, Latifa Amal, Warda Al Jazairia, Raoul Journo...

En 1993 il quitta définitivement la scène pour ses jours dans une maison de retraite à Vallauris, ne souhaitant recevoir personne.
Il décède le 25 Juin 2005 dans le dénouement le plus total, dans une maison de repos à Nice.
Sa vie illustre à merveille, un temps où les cultures juive et musulmane s'entremêlaient en un apport artistique mutuel et où la musique et l'art fusionnait les deux peuples.
L'accès et la pratique des arts, à la littérature et la pensée des autres peuples, la musique et la peinture, la sculpture, la poésie, la pratique du débat et l'échange, tels sont sans doute les armes de la paix.
Medley
Sources
A lire le portrait très complet de Salim Halali sur
le passionnant site 'Musique.Arabe', particulièrement bien rédigé, truffé de références et de biographies de musiciens Juifs du moyen-orient. Grand merci à lui!